Chartes de l’association des chartistes doreurs et encadreurs de France

Charte de l‘Encadrement

Par le fait qu’il côtoie l’Art dans quelques unes de ses plus belles expressions de dessins, la peinture, la gravure, l’artisan doit posséder un certain sens artistique afin de pouvoir apprécier et mettre en valeur les œuvres qui lui sont confiées.
C’est un homme de métier qui a pour mission de présenter tout œuvres graphiques, picturales ou autres qui puissent se placer en cadre en utilisant tous matériaux classiques ou non, toutes inventions ou innovations destinées à la mise en valeur par ses soins, à la condition de ne pas attenter à l’intégrité, à la qualité, à la conservation des œuvres originales qui lui sont confiées.
Assurant avec compétence un service de très haut niveau, le signataire de cette charte s’efforce de concilier les souhaits de sa clientèle avec la rigueur de la protection, la qualité de l’exécution et le goût de la présentation.



Charte de Dorure

Etant donné ses qualités professionnelles, l’artisan doreur devra faire en sorte que toujours les travaux qu’il exécute soient d’excellente qualité.
Il veillera particulièrement à ce que les apprêts qu’il effectue soient appliqués sur un support absolument sain et dégraissé, que les différents motifs, lors d’une restauration, soient parfaitement reconstitués dans les moindres détails et que la finition soit très soignée. Il n’utilisera que des matériaux de qualité confirmée mais surtout, évitera d’employer ceux susceptibles de détériorer ou dévaloriser d’une manière quelconques les œuvres confiées.
En outre, il appliquera à la lettre la dénomination des matériaux employés, dorure à la feuille d’or fin, jaune, rouge, vert, blanc etc.…, à la feuille de cuivre, à la feuille d’argent, à la feuille d’aluminium.
Il indiquera également le procédé d’application dorure à l’huile, dorure à l’eau (mixtion).

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La dorure sur bois et la restauration de bois doré

L’or est connu depuis la plus haute antiquité.
Sa rareté, son éclat incomparable et son inaltérabilité en ont fait un matériau mythique, tantôt attribut de la perfection et de l’illumination divines, tantôt symbole de puissance et de richesse.

Déjà pratiquée, semble-t-il, par les Egyptiens dès 2250 avant J.C., la dorure sur bois ne connaîtra toutefois son apogée qu’au XVIIème siècle et au XVIIIème siècle.
Héritiers de cette tradition, la plupart des doreurs exerce aujourd’hui leur art dans le respect des techniques anciennes. Parmi ces techniques, la dorure à l’eau occupe une place particulière : c’est elle qui a conféré à la dorure sur bois et au métier de doreur ses lettres de noblesse.

Longue et délicate, elle est la seule à restituer dans leur finesse et leur vivacité les détails d’une ornementation en bois sculpté et à créer des effets de volumes grâce à l’alternance de brunis (brillances) et de mats.
En complète contradiction avec les sacro-saints impératifs de notre époque, vitesse et rentabilité, elle est le fleuron de ceux qui ne transigent pas avec la qualité.
Si les techniques et les matériaux de la dorure à l’eau ont peu changé au fil des siècles, son domaine d’application, lui, a évolué. Il a suivi en cela les fluctuations de la fonction symbolique dévolue à l’or au cours de l’histoire et son extension progressive à la sphère profane et privée.

Dès le XVIIème siècle, le bois doré triomphe dans les édifices religieux, mais aussi dans les palais et les châteaux : cadres de tableaux et de glaces, consoles, sièges, baromètres, lustres, boiseries et carrosses brillent d’un éclat incomparable.
Epaisse de 0,1 à 0, 3 microns, la feuille d’or ne peut s’appliquer directement sur le bois dont elle mettrait en évidence la structure poreuse et les éventuelles fissures. Le bois étant en outre soumis à des variations dimensionnelles, il doit être isolé de la feuille d’or par des matériaux « tampon », enduits aqueux dénommés apprêts.

Dans ces nombreuses couches d’apprêt (de 6 à 10), le doreur pratique la reparure : il dégage au moyen de fers courbés (fers à reparer) les sculptures empâtées avant de les reciseler minutieusement.

La dernière couche d’apprêt est recouverte d’une composition argileuse que le doreur gorge d’eau avant d’y asseoir ses feuilles d’or. Cette assiette permet le polissage de la feuille d’or à la pierre d’agate dans le but d’obtenir des « brunis », brillance typique de la dorure à l’eau ou la détrempe, et de jouer avec les effets de volume.

Bref, on l’aura d’emblée compris, en dorure à l’eau les travaux préparatoires sont nombreux et délicats. Ils conditionnent également la beauté du résultat final. Entrons à présent un peu plus dans le détail.

Avant de commencer les travaux de restauration proprement dits, le doreur est souvent amené à nettoyer la dorure, mettant ainsi en évidence les lacunes dans les apprêts et le support afin d’y remédier.Bien souvent, les dorures ne sont qu’encrassées. Mais, il arrive aussi très fréquemment, qu’ayant été victimes au cours des siècles d’interventions maladroites, elles soient enlaidies par des rajouts qui empâtent de surcroît la sculpture d’origine : c’est le cas des surpeints de bronzine, désastreux succédanés de la dorure qui noircit au fil du temps ! Ces surpeints s’éliminent le plus souvent à l’aide de solvants appropriés.

Là encore, tout est question de doigté.
Lorsque le support présente des éléments disjoints, il faut réassembler l’ébénisterie. On comblera les lacunes importantes par des masses de bois dont l’essence et la texture sont identiques à celles du support.

A ce stade, le bois est prêt à être encollé et apprêté. L’encollage a pour but de fournir à la première couche d’apprêt un ancrage profond et souple. On utilise pour cela un mélange de colle de base et de carbonate de calcium (la craie) appliqué à chaud à l’aide d’une brosse à poils longs et durs. Il est intéressant de noter qu’en France, la colle de peau de lapin est le « matériau vedette »de la dorure sur bois puisqu’elle intervient dans toutes les étapes du travail !

Article rédigé par Uwe SCHAEFER, Président de l’Association des Chartistes Doreurs et Encadreurs de France

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Le métier d’encadreur

Dérivé des fabrications de triptyques et anneaux enluminés, le métier d’encadreur a vu le jour à la fin du Moyen Age, période à laquelle, il est étroitement associé à celui de doreur.
Il prend véritablement son essor à la Renaissance, puis sous Louis XIII où se créera un style qui portera son nom.
Avec les règnes successifs, les styles évoluent dans les dessins formant le décor des bois dorés : Au style Louis XIII, relativement simple et rectiligne, succède ainsi le style Louis XIV avec des rubans et des volutes, puis le style Louis XV avec des coquilles et des sculptures affinées, et enfin le style Louis XVI qui remet au goût du jour la ligne droite.

Crédit photo : Didier GUILLOUCHE
Crédit photo : Didier GUILLOUCHE
Avec l’apparition du verre en feuille, les métiers de doreur et d’encadreur commencent à se séparer alors que, par ailleurs, l’emploi de moulure en plâtre va peu a peu remplacer le bois sculpté assez élitiste, avec une technique qui va se développer sous l’Empire, lequel apportera ses propres lignes esthétiques, empreintes de classicisme gréco-romain.
Du Directoire à la IIIe République, les styles évoluent dans la dorure mais aussi dans l’argenture quelquefois vernie et colorée, notamment pour évoquer à moindre frais les fastes de l’orientalisme.
La Fin du XIXe siècle consacre les grands moments du métier d’encadreur avec l’apparition des techniques de l’estampe que le seul cadre de bois ne suffit plus à mettre en valeur.
Des marges colorées ornées de perspectives en trompe-l’œil s’intercalent entre cadre et sujet, et de nouvelles techniques développent le métier en de nombreux raffinements : biseaux coupés (anglais), ou pliés (français), lavis à écoinçons, filets dorés et autres coins arrondis.
Aujourd’hui, l’encadreur de tradition peut proposer différents types de sous verres (avec biseau, sous came, lavis…) et travailler les formes rectilignes et courbes les plus recherchées.

Parmi les plus récentes évolutions du métier, on retiendra sur le plan esthétique la recherche de la séparation physique du cadre et de son sujet, notamment concernant les oeuvres peintes.

Sur le plan technique, l’emploi relativement récent de matériaux neutres ou de conservation, en réaction à nombres de problèmes posés par des travaux de la seconde moitié du XIXème siècle jusqu’à la seconde moitié du XXème siècle, relatifs aux matériaux instables dans le temps, notamment en ce qui concerne la pâte chimique des papiers.

Dans un autre domaine, les verres employés aujourd’hui en encadrement peuvent stopper les rayons ultraviolets préjudiciables aux œuvres et éliminer 80% des reflets lumineux. La stabilité des sujets et leur préservation dans le temps sont donc des sujets d’actualité pour l’encadreur d’aujourd’hui qui peut également y ajouter conseil et diagnostic en matière de restauration.
Chaque période du métier, inspirés des précédents, aura donc apporté la culture des savoirs transmis et les mises à jour qui lui sont propres, l’enrichissement sans cesse.

Article rédigé par Luc Michel DAIGNEY, Président du Syndicat National des Doreurs et Encadreurs.

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L’encadrement à travers les siècles

Depuis l’antiquité, les œuvres peintes, sculptées en bas-relief ou en mosaïque, étaient souvent entourées d’une partie ornée ou décorée qui préfigurait déjà l’encadrement.
Ce n’est qu’à la fin du Moyen Age et surtout à la Renaissance que le cadre devint le complément assurant la mise en valeur ainsi que la protection des œuvres peintes, puis imprimées.

D’abord simple baguette autour d’une peinture souvent sur un panneau de bois, il développa son ornementation jusqu’à devenir une œuvre artistique à part entière.

Chaque époque l’a fait évoluer, souvent accouplé à un monarque ou à une région particulière d’un pays européen (Louis XIII, Gustavien, Victorien, Flamamd, Florentin, Vénitien).

Au début simplement teinté ou peint, il s’agrémente de placage de bois précieux, voire d’écaille de tortue ou d’ivoire.
Enfin sous la Renaissance, l’apparition en Europe de la feuille d’or battue permit de dorer les moulures. Ainsi naquit une longue tradition européenne de cadres dorés.

Les ornementations des cadres inspirés, tout d’abord, des ornements antiques grecs ou romains se sont transformées au fil des siècles grâce à l’imagination des encadreurs.

Chaque époque apporte son style soit sobre ou au contraire d’une extrême magnificence, ajoutant des coquilles, des fleurs, des rinceaux en arabesque, le tout recouvert de feuilles d’or.

Jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, les cadres étaient sculptés dans différents bois suivant les régions, souvent le chêne ou le tilleul, mais également le pin et le platane.

Fin XVIIIe siècle apparurent les premiers cadres ornés par moulage, d’abord, en pâte dite « Anglaise » ou en terre cuite.
Le moulage se développa avec l’apparition du gros blanc (Blanc de Meudon et colle de peau de lapin) ou plâtre à modeler et colle de peau de lapin.

La partie encadrement de sous verre, tout d’abord, simplement posée sur un fond de papier teinté ou peint et souligné d’un ou plusieurs traits, se développa au XVIIIe siècle avec des entourages de lavis et de filets teints ou dorés assurant une mis en valeur des gravures.

Le XIXe siècle assura la révolution totale de l’encadrement avec des matériaux nouveaux (acier, plastique, bois cérusés, agglomérat ou résine).
Les cartons teintés contrecollés permirent à l’imagination des encadreurs de multiples possibilités de découpe et d’ouverture.
L’imagination, le goût et la technique de l’encadreur moderne en fond un homme de métier incontournable pour la mise en valeur et la protection du patrimoine passé ou récent.
Les produits nouveaux dits de conservation (papiers non acides, verre anti reflets) sont des aides indispensables en cette fin de XXe siècle pour l’encadreur soucieux du respect de l’œuvre.

Toute cette histoire du cadre et de l’encadrement, toute la technique de l’encadrement, sont actuellement transmises aux nouvelles générations par le biais de l’apprentissage.

Nombreux sont les jeunes se tournant vers nos métiers, ils seront à leur tour le maillon indispensable à la pérennisation et à l’évolution de notre art.

Article rédigé par Bernard DUPRE, Ex Président du Syndicat National des Doreurs et Encadreurs.

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