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Les vernis en lutherie traditionnelle

Avant toute chose, il faut se demander pourquoi il est si nécessaire de vernir les instruments du quatuor (violon , alto et cello) Car, contrairement à une idée répandue, ces instruments ont une sonorité maximum lorsqu’ils sont en blanc, c’est à dire sans vernis.
Le but de l ’opération consiste donc à les protéger des agressions climatiques, variations hygrométriques et thermiques, des insectes amateurs de bois, de certains champignons et bien sur des musiciens qui , par les contacts et les frottements répétés, détruiraient à coup sur le plus parfait des violons.
Cette fonction de protection du vernis se double de contraintes de sonorité : il ne faut pas que la résistance et l’inertie de cette couche de protection nuise à la production du son ; il faut donc qu’elle soit légère et souple pour suivre les vibrations sans se détacher ni les entraver, et qu’elle offre le même degré de porosité que les bois d’harmonie utilisés, essentiellement les épicéas et les spruces.
Enfin, pour que les choses ne soient pas trop faciles, il faut également tenir compte d’une contrainte complémentaire purement esthétique : que ce vernis soit riche en couleurs et transparent pour mettre en valeur les bois utilisés, notamment les érables ondés, et qu’il laisse un parfum agréable s’exhaler au contact de la chaleur émise par le musicien.

Plusieurs solutions plus ou moins adaptées ont été proposées dans l ’histoire de la Lutherie.
Avant de les décrire, et sans entrer dans des détails trop techniques, il est bon de donner une définition rapide de ce qu’est un vernis en général : il s’agit d’un mélange de résines plus ou moins sèches et de liants plus ou moins siccatifs, de couleurs incorporées, (en Lutherie, le bois n’est jamais teinté, seul le vernis est coloré), le tout dissous dans un "véhicule" servant à étendre le mélange sur le support (ici le bois de l ’instrument) , et qui après évaporation laissera une couche fine et uniforme de résines (le vernis proprement dit) sur le violon pour le plus grand bien de sa conservation, la plus belle sonorité, le plus grand plaisir des yeux des spectateurs et du nez du musicien.
Trois sortes de solvants ont été utilisés ; les essences (térébenthine, lavande..), l’alcool ou "esprit de vin", et les huiles grasses.

Les vernis dits à l ’alcool donnent des résultats quant à la protection, la légèreté et la couleur, mais sont en général trop "secs", nuisant à la sonorité du violon qu’ils enferment dans une gangue trop serrée. ils furent beaucoup utilisés dans l ’Ecole Française du 18° siècle qui chercha à imiter l ’apparence des instruments Italiens.
On les utilise encore aujourd’hui du fait de leur simplicité d’emploi et de leur rapidité de séchage , mais seulement dans la production d’ instruments de second ordre.


Les vernis à l ’huile apparaissent surtout au 19° siècle : ils présentent l’avantage d’être très faciles d’emploi du fait de leur faible siccativité, de se teinter facilement et avec un grand nombre de colorants, et nécessitent très peu de couches. Par contre, leur poids excessif bride la vibration, et leur faible porosité "consomme" une partie de la puissance des instruments.

Restent les vernis à l’essence, issus de la Renaissance et utilisés dans la Lutherie Italienne, du début du 16ème siècle jusqu’au milieu du 18ème. Dans les couches successives, les mélanges de résines utilisés sont différents, de façon à créer un effet de transparence et de dichroïsme suivant l’angle d’incidence de la lumière.
En effet, les essences prennent difficilement la couleur, et l’effet de coloration final obtenu par la succession des couches colorées, de la plus claire à la plus foncée, est renforcé par les phénomènes de diffraction de la lumière naturelle obtenus par la superposition des couches de vernis de densité différente.
Dans ce procédé, le " solvant-véhicule ", sert aussi de liant ; l’essence térébenthine, par exemple , laisse après évaporation , dans le vernis 1ui même une oléorésine souple, légère et poreuse qui laisse respirer le violon tout en le protégeant. Les résines utilisées sont en général la sandaraque, le mastic en larme, le dammar friable, que l ’on peut incorporer valablement dans les essences par la simple action du soleil et de la lumière.
On y ajoute aussi quelques résines, gommes-résines ou baumes odorants, dont les parfums seront réveillés par la chaleur d’une salle de concert et celle du corps du musicien, et ce, même trois siècles plus tard, comme on peut le sentir encore aujourd’hui sur certains violons de Crémone de la grande époque, qui exhalent encore des senteurs de propolis.

Ces vernis à l ’essence présentent toutes les qualités requises, même s’ils sont peut utilisés aujourd’hui du fait de leur complexité de préparation et du temps assez long de vernissage qu’ils demandent.
Une critique leur a été faite : ils sont sensibles à la chaleur, et quelques instrumentistes peu soigneux s’en sont plaints (et par écrit !) à un certain Antonio Stradivari vers les années 1710, lui faisant les plus sévères reproches quant à la qualité de son travail !...
Comme quoi, il faut toujours tourner une bonne centaine d’années autour de son violon avant de juger son Luthier.

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